Les coalitions et organisations professionnelles de la culture des pays membres de la Francophonie se réunissent à Québec, au Canada, à la veille du Sommet de l’OIF
À la veille du XIIe Sommet de la Francophonie, les Troisièmes Rencontres des Coalitions et organisations professionnelles de la culture des pays membres de la Francophonie se sont déroulées, du 11 au 13 octobre dernier, dans la ville de Québec au Canada. Près de 25 participants en provenance de 16 pays se sont engagés à poursuivre leurs efforts dans la campagne de ratification et à mener des actions concrètes pour mettre en oeuvre la Convention de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles dans leur pays respectif.
« Passer à l’action » a été le leitmotiv de ces deux jours de réunions dont les débats se sont concentrés sur les politiques culturelles et la coopération internationale. Agir, certes, mais de façon réfléchie et réaliste. Mme Solange Drouin, Coprésidente de la Coalition canadienne, a notamment souligné l’importance de se fixer des priorités et d’atteindre des objectifs précis, l’urgence étant aujourd’hui de faire un état des lieux de la culture dans chacun des pays.
Les participants se sont donc engagés à dresser un bilan sur l’état de la création culturelle dans leur pays respectif et à faire un inventaire des politiques culturelles existantes d’ici mars 2009. Ce travail aura pour but de faire valoir l’importance économique de la culture et de mettre en évidence les secteurs en difficulté qui nécessiteraient un appui de l’ État afin de se développer pleinement.
En ce qui concerne les apports du Fonds pour la Diversité culturelle de la Convention à cet égard, M. Frédéric Bouilleux, Directeur, Langue française et Diversité culturelle à l’OIF a souligné dans son intervention que ce dernier ne devrait pas servir à financer des projets de productions culturelles, mais plutôt des études, des enquêtes qu’il qualifie d’« actions d’accompagnement utiles à tous ».
Autre point majeur dont les participants ont discuté pendant ces deux jours de réunions : le rôle des professionnels de la culture dans la mise en place de politiques culturelles efficaces au sein de leur pays. Le rôle principal que doivent jouer les professionnels a été reconnu unanimement, comme l’ont démontré Bernard Boucher, Consultant culturel et ancien Directeur général du département Politiques, Communications et Relations internationales à la SODEC, et Rasmané Ouedraogo, Président de la coalition burkinabé et de la FICDC, dans leur présentation respective sur l’évolution des politiques culturelles au Québec et au Burkina Faso.
Dans ces deux cas, ce sont la structuration du milieu par les professionnels, la multiplication des initiatives privées et la constitution d’un réseau de la culture qui ont persuadé l’État de s’intéresser au secteur et de répondre aux demandes des professionnels. Au Québec comme au Burkina Faso, les politiques culturelles ont été élaborées en fonction des exigences des professionnels et des réalités du terrain : « il faut rendre le milieu professionnel incontournable dans l’élaboration et l’application de politiques culturelles » a affirmé Bernard Boucher.
Comme cette structuration du milieu et du marché de la culture en est encore à ses premiers balbutiements dans de nombreux pays en développement, l’un des grands défis sera d’assurer le déploiement économique et social de ce secteur.
La coopération internationale entre professionnels pourrait jouer, à ce titre, un rôle intéressant. Beat Santschi, Président de la Coalition suisse et VicePrésident de la Fédération internationale des Musiciens (FIM), a cité en exemple les actions entreprises par la FIM, et a notamment évoqué le système de jumelage entre les syndicats de professionnels de la musique des pays du Nord et du Sud pour favoriser l’échange d’information et de savoir-faire. La coopération régionale peut se révéler également extrêmement efficace. Cheick Ngaido Bâ, Président de la Coalition sénégalaise, s’est également exprimé dans ce sens en invoquant l’importance d’une solidarité et d’une coopération culturelles entre les pays d’Afrique.
Dernier problème soulevé : celui du risque de la centralisation de la culture dans les grandes villes et capitales. Plusieurs participants ont exprimé leur crainte de voir disparaître les activités culturelles en région faute de moyen et de volonté politique. L’État comme les professionnels doivent être sensibilisés à cet aspect, comme l’a souligné Adama Traoré, Président de la Coalition malienne.
Un travail colossal reste encore à être accompli, mais comme le dit le vieil adage : « un chemin de mille lieux commence toujours par un premier pas. » Ce premier pas pour la mise en œuvre de la Convention de l’UNESCO, c’est le recensement des bonnes pratiques et politiques culturelles existantes dans chacun des pays, c’est l’évaluation précise de l’importance économique de la culture, c’est la prise en charge par les professionnels de la culture de la structuration du milieu.
À la suite de ces deux jours de réunion, les participants ont adopté une Déclaration qui sera remise à l’OIF et son Secrétaire général, son excellence Monsieur Abdou Diouf lors d’une rencontre prévue à Paris quelques jours avant la prochaine réunion du Comité intergouvernemental. Dans cette déclaration, les participants exhortent notamment l’OIF à poursuivre ses efforts pour que les États membres de la Francophonie n’ayant pas encore ratifié la Convention le fassent avant le mois de mars 2009, afin qu’ils puissent participer à la prochaine Conférence des Parties de la Convention. Les participants appellent également l'OIF à poursuivre son action pour mobiliser les États dans la mise en oeuvre de la Convention sur le plan national, notamment en donnant son appui technique et financier pour l'élaboration de politiques culturelles nationales ainsi que pour la structuration des milieux professionnels de la culture.
Rappelons enfin que ces Troisièmes Rencontres ont été organisées par la Coalition canadienne pour la diversité culturelle, en collaboration avec la coalition française ainsi que la Fédération internationale des coalitions (FICDC), avec le soutien financier de l’Organisation internationale de la Francophonie ainsi que des gouvernements de la France, du Canada, du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.

